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 Un autre monde, de Stiglitz

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lolo
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MessageSujet: Un autre monde, de Stiglitz   Mer 13 Sep - 16:14

evidemment tout alter qui se respecte est fan de stiglitz ; ancien chouchou des libéraux, ce gars a eu la révélation, "le marché ne sauvera pas le monde". Et comme ils lui ont donné le "prix nobel" d'économie (qui n'est pas vraiment un prix nobel mais passons), ils ont du mal à dire que c'est que des bêtises...

ce coup-ci il s'en prend entre autre à la propriété intellectuelle qui est une vraie question : les évolutions technologiques ont rendu l'ancienne conception caduque mais plutôt que de reflechir, on réprime...



Citation :
Le dernier ouvrage de Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, est un livre contre le «fanatisme du marché». Un autre monde (1) est un nouveau réquisitoire contre une mondialisation déséquilibrée. Illustration avec l'enjeu des droits de propriété intellectuelle (PI).

La propriété intellectuelle est-elle la face cachée de la mondialisation ?

Les déséquilibres de ce régime de droits exclusifs sont parmi les pires déviances du capitalisme actuel. Parce qu'il est question de vie ou de mort, comme on le voit dans la lutte pour des copies de médicaments à bas prix. Les hommes ou les brevets ? La faute originelle : avoir laissé aux ministres du Commerce et aux multinationales le soin de façonner les trips [en français, Adpic ­ aspects des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce ­, ndlr], en 1994. La PI est intégrée au commerce, pas à l'environnement ni aux normes de travail.

Vous le dénoncez, mais à l'époque vous étiez le conseiller de Clinton à la Maison Blanche !
Il faut voir le lobby formidable des multinationales du médicament et de l'industrie culturelle. Pourtant, on se battait nationalement pour élargir l'accès aux soins d'exclus américains. On était contre les trips, mais à l'arrivée on a préféré faire gagner les «sans-couverture sociale américains» plutôt que les «firmes pharmas». Mais les «firmes pharmas» ont gagné contre les «malades africains». Ils ne votent pas, eux...
Et, quinze ans après, rien n'est réglé...
Tous les pays n'ont pas la puissance du Brésil, qui a menacé de copier des médicaments antisida avant de voir le prix des originaux divisé par dix. Les multinationales ont toujours peur de laisser exporter des génériques de pays riches ou de laisser les pays pauvres en produire. Elles invoquent le coût de la recherche et développement ? Mais elles dépensent plus en pub sur les pilules de confort de vie. Elles redoutent que des génériques soient réexportés vers les pays riches ? En fait, elles craignent la réaction des consommateurs s'ils voyaient l'écart entre les prix que les firmes leur demandent et le prix réel. Elles ont baissé leurs prix pour mieux tenir leurs brevets.

La propriété intellectuelle favorise-t-elle la privatisation du savoir ?

L'Etat finance la recherche fondamentale, le privé met les médicaments sur le marché. Une sorte d'impôt, vu le fossé entre le coût de production (marginal) et le prix à la vente (phénoménal). Le risque de verrouillage du savoir se multiplie. Prenez la course à la brevetabilité des gènes humains : Myriad Genetics, qui a breveté deux mutations du gène du cancer du sein, a exigé que les labos à but non lucratif qui travaillent sur le dépistage paient un droit de licence ! L'idéologie simpliste de la PI peut affecter le rythme des innovations. On l'a vu avec le dépeçage de Netscape, navigateur concurrent de Microsoft, ou l'obligation pour le créateur du BlackBerry (terminal de poche, ndlr) de payer 600 millions de dollars à la firme qui avait acquis le brevet. Début XIXe, ces mêmes brevets avaient failli tuer l'avion ou l'automobile...
Mais les pays occidentaux ont combattu la PI pour se développer, comme ils ont usé du protectionnisme !
C'est comme donner un «coup de pied dans l'échelle» qui a permis de grimper. On le voit encore dans les subventions. On interdit à la Jamaïque de subventionner son lait, pas aux Etats-Unis. Le système actuel de la PI cherche à restreindre l'utilisation des savoirs. Pourtant, comme le disait Jefferson, ex-président américain, le savoir est comme une bougie : «Quand elle en allume une autre, sa lumière ne faiblit pas.» Le libre accès au savoir ­ les tenants de l'architecture ouverte, comme Linux ou Mozilla le savent ­ tient du bien public mondial ! Une obligation morale. Maintenir la PI dans les pays pauvres sur les médicaments, c'est pourtant du lose-lose, un truc de perdant dans les deux sens. Les firmes n'y gagnent rien, les pauvres perdent tout.

«Toutes les idées originales reposent sur des idées antérieures», écrivez-vous. On peut donc copier, voire contrefaire avant d'être créatif : on l'a vu avec les dragons asiatiques ?

Ils ont fait, comme le Japon ou la Corée, de la rétro-ingénierie : créer un objet différent avec des fonctionnalités identiques à l'objet de départ sans contrefaire de brevet. D'autres, comme la Chine, sont souples sur la contrefaçon. Mais là, l'enjeu n'est pas une question de survie. Dans le droit d'auteur, l'équilibre coût-bénéfice est compliqué, même si le protéger soixante-dix ans après la mort de l'auteur est ridicule. Idem avec la bataille autour du téléchargement gratuit de films ou de musique, l'équilibre est ténu.

Comment lutter contre la biopiraterie, le brevetage de ressources naturelles ?

Compliqué, car les trips ont été façonnés pour le business. Si l'on veut introduire de l'équité, empêcher le brevetage du riz Basmati (Inde), du rosy periwinkle (Madagascar) ou du quinoa (Bolivie), il faut pousser les firmes à payer, via la bioprospection et un partage des bénéfices. Pousser aussi les Etats-Unis à ratifier la convention de Rio sur la biodiversité. Permettre aussi une vraie transparence sur les 120 000 brevets annuels ! On est allé trop loin.

L'un des apôtres de la PI, Bill Gates, peut-il et défendre les brevets pour Microsoft et sa fondation pour l'accès à la santé ?

Gates, comme Rockfeller, utilise l'argent de son monopole illégal pour de bonnes causes, mais cela ne justifie pas la culture du monopole. On peut voler l'argent et le rendre aux pauvres, cela rend-il le délit moins mauvais ? Et, avec sa fondation, faire l'impasse sur la solution cruciale : toucher aux droits de propriété intellectuelle.

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Dernière édition par le Mer 20 Sep - 19:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un autre monde, de Stiglitz   Mer 20 Sep - 19:05

A l'occasion de la sortie de son dernier livre, Stiglitz nous a pondu un magnifique article dans le très respectable (i.e. pas du tout gauchisant) Financial times.

Citation :


We have become rich countries of poor people

There were once hopes that globalisation would benefit all, both in advanced industrial countries and the developing world. Today, the downside/1 of globalisation is increasingly apparent. Not only do good things go more easily across borders, so do bad – including terrorism. We see an unfair global trade regime that impedes development and an unstable global financial system in which poor countries repeatedly find themselves with unmanageable debt burdens. Money should flow from the rich to the poor countries, but increasingly, it goes in the opposite direction.

What is remarkable about globalisation is the disparity between the promise and the reality. Globalisation seems to have unified so much of the world against it, perhaps because there appear to be so many losers and so few winners. The Panglossian/2 view of globalisation, that it would automatically benefit all, has impeded the ability to address/3 its failures. Young French workers ask how globalisation is going to make them better off/4 – if, as they are told, they must accept the resulting lower wages and weakened job protection. Growing inequality in the advanced industrial countries was a long predicted but seldom advertised consequence: full economic integration implies the equalisation of unskilled wages throughout the world. Although this has not (yet) happened, the downward pressure on those at the bottom is evident. Unfettered globalisation actually has the potential to make many people in advanced industrial countries worse off, even if economic growth increases.

While economic theory predicted there would be losers from globalisation, it also said that the winners could compensate the losers. Well-managed globalisation can make everyone, or at least most, better off. This has not happened. Instead, conservatives have argued that globalisation requires countries to become more competitive by cutting taxes and rolling back/5 the welfare state. In the US, tax policies have become less progressive; the bulk of recent tax cuts went to the winners, those who had already benefited both from globalisation and changes in technology. Increasingly, we are becoming rich countries with poor people.

The Scandinavian countries have shown there is another way. Investment in education and research and a strong safety net/6 can lead to a more productive and competitive economy.
At the core of many of globalisation’s failures is a simple fact : economic globalisation has outpaced the globalisation of politics and mindsets/7. We have become more interdependent; greater interdependence increases the need for co-ordinated action. But we still lack the institutional frameworks to do this effectively and democratically.

Perhaps not surprisingly, more attention is often placed on the concerns of developed countries and their special interests than those in the developing world. It is good news that we are finally doing something about the crushing/8 debt burdens of the poorest countries but we have done little to ensure the debt problem does not arise again, and nothing to create a systematic mechanism for debt restructuring. The fact that so many countries end up with unmanageable debt burdens suggests that the problem is systemic. Global markets are highly volatile and too often the poor bear the brunt/9 of exchange rate and interest rate changes. Yet nothing has been done about these underlying problems.

There are already numerous solutions on the table: some that could be adopted overnight, some that would take years but would at least make globalisation work better. If developing countries could borrow in their own currencies (or in baskets of correlated currencies), fewer countries would find themselves with massive debt burdens. Other reforms in debt management strategies could help further stabilise the global financial system. Consider, as another example of globalisation’s failure, the diseases that plague so many of the poor countries. The global intellectual property regime denies access to affordable life-saving drugs, even as the Aids epidemic ravishes so much of the developing world. Advocates of the current system say this is the price for providing incentives for research. But for those concerned about health in developing countries, the intellectual property regime has not worked. There is an alternative: a medical prize fund, financed by industrialised countries, could reward those who discover cures for diseases of the poor, provide incentives for research and award bigger prizes for key drugs. The medicines could then be provided to the poor at cost. Such a system would be both far more efficient and equitable than the current system.

Globalisation can be changed; indeed/10 it is clear it will be changed. The question is: will change be forced on us as the result of a crisis, or will we take control of the globalisation process? The former risks a backlash/11 against globalisation or a haphazard/12 reshaping in a way that only sets the stage for more problems. The latter holds out the possibility of remaking globalisation so that it can live up to its potential to improve living standards throughout the world.

* The writer was awarded the Nobel Prize in economics in 2001. His latest book, Making Globalization Work (W.W. Norton/Penguin), is published this month.



1/ Downside “Effet négatif, contrecoup”.
2/ Panglossian Référence au docteur Pangloss, précepteur de Candide, qui incarne dans le conte de Voltaire l’optimisme béat et une totale confiance dans l’harmonie du monde. L’une des rares références littéraires françaises qui connaissent une plus grande postérité en anglais que dans leur langue d’origine.
3/ To address Verbe omniprésent dans le discours politico-journalistique anglo-saxon et qui tend à se propager en français, signifiant “s’attacher à résoudre (un problème), s’attaquer à, s’atteler à (une difficulté)”.
4/ Better off Symétrique de worse off, qui apparaît plus loin dans le texte. Evoque l’amélioration de la situation financière d’une personne. L’un des trois éléments du triptyque well off (à l’aise financièrement), better off et worse off.
5/ Rolling back L’image est celle du tapis qu’on enroule. Margaret Thatcher ne cessait de proclamer sa volonté de “réduire le périmètre de l’action de l’Etat” (rolling back the frontiers of the state).
6/ Safety net Au sens propre, “filet de sécurité”.
7/ Mindsets “Etats d’esprit, mentalités”.
8/ Crushing Le poids de la dette est “écrasant”.
9/ To bear the brunt “Supporter le plus gros (d’une offensive), l’essentiel (d’une charge)” ; par extension, “être en première ligne”.
10/ Indeed Souvent traduit mécaniquement par “en effet”, expression qui n’est pas toujours appropriée. On lui préférera le plus souvent “de fait, manifestement”.
11/ Backlash “Réaction en retour”.
12/ Haphazard “Au hasard, de façon aléatoire”.

Notez au passage l'effort de Courrier International pour aider à la lecture de l'article.

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MessageSujet: Re: Un autre monde, de Stiglitz   Mer 20 Sep - 19:22

Brillant et limpide. Bien meilleur que le premier article. Je partage tout particulièrement la conclusion.

Citation :
Globalisation can be changed; indeed it is clear it will be changed. The question is: will change be forced on us as the result of a crisis, or will we take control of the globalisation process?
Je crains que ce ne soit l'option A qui l'emporte mais il faut tout faire pour que ce ne soit pas le cas.

J'ai également fort apprécié le passage sur les droits de propriété intellectuelle qui sont trop souvent négligés quand on parle de mondialisation.

Bref, c'est article est un excellent condensé de pensée alter mondialiste intelligente : oui la mondialisation est souhaitable, mais une gouvernance mondiale doit émerger pour remettre l'économie sous contrôle (démocratique si possible mais c'est pas gagné).

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MessageSujet: Re: Un autre monde, de Stiglitz   Jeu 21 Sep - 8:46

un journaliste suédois expliquait la défaite des sociaux-démocrates suédois par le fort taux de chômage en Suède, car les 6% officiels masquaient environ le double de chômeurs.
Comme quoi le gouvernement français n'est pas le seul à bidouiller ses indicateurs.

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