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 La soffrance au travail systématisée

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Justin
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MessageSujet: La soffrance au travail systématisée   Mer 6 Sep - 10:25

Cet article est un peu long mais mérite d'être lu. Le sujet n'est pas nouveau, mais le personnage qui témoigne ici est intéressant, plus "petite vie bien rangée" que vieille militante.

L'histoire est connue, c'est celle de la violence psychologique que subissent les travailleurs en grande surface. Mais là c'est l'accumulation de cas qui fait craquer la professionnelle qui se croyait blindée qui frappe.

Docteur Dorothée Ramaut
LE MONDE | 05.09.06

Comment devient-on imprécatrice ? A la voir si discrète, si paisible, dans sa maison cossue, son jardin tiré au cordeau, entre un mari attentionné et des enfants bien élevés, à entendre cette voix si douce, si docile, presque une voix d'enfant, on se demande ce qui a bien pu pousser le Docteur Dorothée Ramaut à briser la loi du silence. Pour la première fois, un médecin du travail raconte, de l'intérieur, le quotidien terrible d'une grande surface.

Son journal, qui vient de paraître aux éditions du Cherche Midi, fait froid dans le dos. Car il ne dénonce pas le harcèlement "moral" classique, puni par la loi, celui qu'exerce parfois un petit chef pervers vis-à-vis de ses subordonnés. Il s'agit bel et bien, ici, d'un harcèlement "stratégique" et systématisé, appliqué du haut en bas de l'échelle. Un ensemble rodé de pratiques "contraires à la dignité de l'homme", dit-elle, qui fait des ravages dans la grande distribution comme dans des secteurs de plus en plus nombreux et remplit les cabinets médicaux d'un flot de salariés dépressifs, suicidaires, mentalement et physiquement cassés.

Pourquoi a-t-elle sauté le pas ? Oublions le militantisme. Fille de militaire, élevée dans le respect de la discipline et de la hiérarchie, le docteur Ramaut est tout le contraire d'une activiste. Avec son petit air bien sage, rangée, pragmatique, elle pencherait plutôt du côté de l'ordre établi. D'ailleurs, pendant quinze ans, elle s'est accommodée du "management par le stress" en usage dans l'hypermarché où elle assure, chaque semaine, des vacations. Elle avait bien noté que les "brimades, constantes", aggravaient des conditions de travail déjà pénibles. Mais elle croyait, "de façon primaire", avoue-t-elle, que "les chefs étaient tous des sales types payés pour malmener leur équipe". Bref que c'était dans la norme des choses.

Jusqu'à ce jour de l'an 2000 où déboule dans son bureau l'un desdits "sales types", effondré, sanglotant comme un bébé. Le cas de Daniel est un révélateur, car il incarne, pour elle, l'archétype du cadre arrogant et brutal. Issu du rang, il est prêt à tout sacrifier, tout faire pour réussir, y compris les crasses que la direction exige de ses hiérarques pour prix de leur promotion. Par exemple, virer un salarié sans indemnités, en le poussant à la démission par tous les moyens (injonctions contradictoires, vexations, insultes), voire en inventant une faute, un vol, etc. Qu'ils refusent ces "épreuves initiatiques" ou que, à un moment, leur conscience les bloque, et ces chefs sont à leur tour victimes des mêmes procédés. C'est ce qui est arrivé à Daniel.

Le docteur Ramaut ne le comprend pas tout de suite. Il faut qu'arrivent un, puis deux, puis trois, quatre autres cas similaires pour qu'elle réalise l'ampleur du phénomène. En bonne professionnelle, respectueuse des formes, elle alerte d'abord la direction. Sans autre résultat que des rebuffades. Puis tente d'informer l'inspection du travail, les médecins inspecteurs, la société de services de santé qui l'emploie. En vain. Les syndicats, paralysés par la peur, restent également passifs.

Le docteur Ramaut résiste, malgré tout. Alors, le piège se referme, elle devient victime des méthodes qu'elle dénonçait : menaces, intimidations, dénigrement... Elle continue, bravement, à traverser le magasin, mais évite de porter des vêtements amples, pour qu'on ne puisse pas glisser un objet dans sa poche. Elle ne craque pas, mais c'est tout juste. Elle songe même, un temps, à abandonner sa spécialité pour revenir à une médecine de ville, plus gratifiante. Si elle y avait renoncé, en 1985, c'était uniquement par réalisme, pour élever ses enfants. Maintenant, ils sont grands...

C'est en participant à un groupe de réflexion sur le harcèlement moral qu'elle parvient à tenir bon : là, parmi ses collègues, elle peut comparer son expérience, relativiser. Car son cas n'est pas unique, tant s'en faut. Tous s'inquiètent de la montée de ces nouvelles pathologies qui encombrent les services psychiatriques, aggravent le chiffre des accidents, des maladies professionnelles, de l'absentéisme. C'est pour ce groupe que Dorothée Ramaut commence à reprendre ses notes et à rédiger son journal.

Il faudra encore quelques années et pas mal de déconvenues pour qu'elle en arrive à le publier, d'abord en extraits dans une revue spécialisée, puis dans nos colonnes, le 15 novembre 2005, et enfin, in extenso, dans un livre. La décision est douloureuse. La loi l'astreint à un double secret professionnel, vis-à-vis des patients et de l'entreprise. Elle risque de perdre son emploi, le métier qu'elle aime, sa sacro-sainte tranquillité. Bien sûr, elle a pris soin de protéger son identité et celle de ses patients par des pseudonymes. Elle a modifié les dates, les lieux. Mais ne se fait guère d'illusions.

Vengeance ? Elle refuse avec énergie de citer la grande surface où se déroulent les faits. Elle ne "veut pas stigmatiser" ce magasin ni son enseigne, insiste-t-elle. "A quoi bon ? Ils sont tous pareils." A l'exception, et encore, des chaînes décentralisées, tels les Centres Leclerc, dans lesquelles les gérants peuvent, s'ils le veulent, "rendre le management plus humain". Ce n'est pas toujours le cas... Suivant de front plusieurs entreprises, elle sait de quoi elle parle.

Alors pourquoi ? Reste la morale, la morale élémentaire, et le courage. Le docteur Ramaut a plongé, car elle est sincèrement scandalisée par la souffrance qu'elle côtoie tous les jours. Dans son hypermarché, on a certes, grâce à elle, parlé du harcèlement, mais la pratique demeure. Il suffit d'un chef de rayon ou de secteur un peu zélé. "C'est comme une secte, insiste-t-elle, ils ne peuvent pas changer, sinon ils sont morts."

Après avoir tout tenté, elle est désormais convaincue que la seule façon de contraindre la direction à modifier ses méthodes consiste à alerter les médias, et, si possible, les politiques. Elle s'en méfie pourtant. Elle préférerait, de loin, reprendre le cours de sa vie tranquille. "Qu'est-ce que je gagne, moi, dans tout ça ?" Rien, sinon peut-être, un jour, la reconnaissance de ses pairs.

Il y a vingt ans, souligne-t-elle, l'amiante a commencé à faire des ravages. Les médecins du travail se sont tus. On le leur reproche assez aujourd'hui. "Je crains que, dans dix ans, on ne nous dise : "Vous n'avez rien fait contre la souffrance au travail." C'est injuste : tout le monde en parle, mais nous, dès qu'on ose, on nous malmène ou on nous vire."

Véronique Maurus

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MARVIN
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MessageSujet: Re: La soffrance au travail systématisée   Mer 6 Sep - 10:32

Etrange que la journaliste cite Leclerc comme soi-disant différent.
Sujet qui sort des placards, à suivre.
Je me souviens à l'école un consultant, ancien de la GD (grande distribution) nous avait glissé qu'en général on ne tient pas toute sa vie dans l'univers merveilleux des rayons de supermarché.

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